Samedi 04 février – Perth-Kununurra
C’est parti. On a bien notre bidon d’eau et on prend le bus pour Palmerston, en sortie de la ville. Le réveil pour 6h etait inutile, on est samedi et le bus passe seulement a 7h. Bon… Le bus finit par passer, mais tombe en panne quelques kilomètres plus loin. Ca commence bien.
Je tends finalement le pouce, on parvient a sortir de l’agglomération et on est repris par “Crash”. Crash est un beau bébé tatoue qui conduit juste pour s’échapper de sa femme. On ne comprend a peu près rien de ce qu’il raconte, a part ”… as hndm wmsn snmm fuck fuck mdhn fuckin dickhead msns fuckin hell mnm fuck…”. Bon, on acquiesce avec un “yeah, fuck” de temps en temps pour faire bonne figure. Il nous conduit sur une centaine de kilomètres, la route est belle.
Nous sommes ensuite pris par San, un ingénieur Thailandais arrive il y a quelques années. Il nous deposera a Katherine.
Katherine est une ville importante dans la région (comprenez 6000 habitants), et, comme beaucoup dans les territoires du Nord, comprend une grosse part d’aborigènes. Leur situation est catastrophique : beaucoup sont alcooliques et errent dans la ville. Peu d’aborigènes occupent des postes clés, en Australie. A Darwin, le spectacle est assez terrifiant aussi. Ivres, ils crient “this is my land”. Un vrai problème sans vraiment de solution…
Nous sommes pris au bout d’une bonne demi-heure par Peter, un fermier très intéressant, de Kununurra. Il nous conduit sur 500 km et nous dit qu’on a pas mal de chance : l’an dernier la route etait fermée a la même période pendant 7 semaines, a cause de deux mètres d’eau sur la route, les obligeant a prendre l’avion. Nous croisons en moyenne 2 voitures par heures (“oh… it’s busy today !”). La route est superbe. Très verte – c’est la saison des pluies – et le relief est splendide. Nous nous arrêtons a Timber Creek (pour un trou, c’est un trou !) pour le cafe chez un copain, qui travaille pour donner du travail aux aborigenes. On est rejoint au final par un vrai “cowboy”, stetson sur la tete, chemise a carreau et blue jean. Ils parlent de serpents venimeux et autres problemes de fermiers. Le beau frère de Peter loue un bout de terrain : 200 000 hectares (un petit rectangle de 40×50 km), ou galopent 6000 vaches. Le fermier possède son hélicoptère pour guider le troupeau !
Je retrouve le bonheur de pouvoir discuter avec le chauffeur, ce qui m’était quasiment impossible depuis… l’Allemagne ! Peter nous pose près d’un lac ou on peut planter la tente. Je me baigne, Matias reste sur le bord car il a peur des crocs (On nous dira apres qu’il avait raison, il y a des crocs partout !). A la nuit tombee, des milliers de chauves-souris vont chasser, et passent au dessus de nos tetes. Le spectacle est grandiose, et les chauves-souris sont de belles betes. La nuit est horrible : la tente est un four, et dehors les moustiques semblent attires par l’antimoustique. Je choisis les moustiques et les crocs, Matias choisis la chaleur.
Dimanche 05 février - de Kununurra a Halls Creek
Réveil au lever du jour, nous sommes content de quitter les lieux juste après le retour des chauves souris. Pas grand monde, nous attendons environ deux heures et des pêcheurs du dimanche nous prennent pour nous déposer 100 km plus loin, à la jonction. Nous y trouvons Alan et Monica (anglais/tchèques), qui voyagent pour quelques mois et qui nous offrent une place dans la voiture. Ils vont à Broome, mais y vont lentement. Ils sont hyper agréable et formidablement intéressant. Je crois qu’ils ont voyage partout dans le monde, a part aux USA et au Canada, ce qu’ils vont faire juste après l’Australie. Ils ont traverse l’Afrique deux fois du nord au sud, etc. Nous nous arrêtons régulièrement pour prendre des photos. Ils s’arrêtent finalement 100 km avant Halls Creek, et nous décidons de continuer a faire du stop pour avancer, nous sommes en début d’apres-midi.
2h30 d’attente, une sieste, cinq voitures, une prof nous prend pour Halls Creek. Des gens en sens inverses se sont arrête pour nous demander si nous avions de l’eau, c’est OK. Nous campons a Halls Creek, un monstrueux orage passe a cote.
Dimanche 05 février - De Halls Creek vers Fitzroy Crossing
Je ne tarde pas a renommer ”Halls Creek” en “Hell’s Creek”. Quelques kilomètres en sortie de la ville, nous n’avons vraiment qu’un petit coin d’ombre (un panneau). A 7h du matin, ça va, mais a midi… c’est intenable. Nous attendrons 7h30, mon record depuis que je suis parti, et devrons attendre 14h30 que le couple anglo-tcheque nous délivre. Le moral en prend un sérieux coup : on savait qu’ils etaient derriere, mais que faisaient-ils ?! Nous sommes bien récompensé : la route est grandiose. C’est le mot. Le soir, nous dormons a la belle étoile au milieu de nulle part, après un bon couscous. La nuit, quelques dingos s’approchent, mais ils ne sont pas dangereux. Pas de moustiques et un calme superbe.
Lundi 06 février - Vers Fitzroy a vers Broome
On refait un petit bout de route avec le couple, puis nous continuons lorsqu’ils s’arrêtent pour aller un peu plus vite. Le “road train” de Alan s’arrête vers 16h : ils va a la jonction vers Broome, ou nous allons ! “You blocks are bloody lucky”. Nous sommes doublement chanceux : les “road trains” sont des camions monstres de 2-3 ou 4 remorques (jusqu’a 50 m de long !) qui roulent a 100-110 km/h sans s’arreter normalement. Je voulais en attraper un, voila qui est fait. Ils nous dit encore que normalement la route est coupée (inondation, feux de bush, etc.) et c’est vrai qu’il n’y a pas beaucoup de trafic (nous croisons en moyenne une voiture par heure) !
Un bon australien, qui a des plaisirs simples : un bon steak, deux – trois bières et de la pêche le dimanche. Nous conduisons de nuit, ce qui est assez dangereux en raison des Kangourous et du bétail. Nous manquons d’écraser une vache, ce qui aurait sûrement un peu tordu le pare-buffle.
Nous plantons la tente a la jonction, et nous dirigerons vers le sud a présent.
Mardi 07 février - De la jonction vers Broome a Karratha
Une fois les bidons d’eau remplis, nous stoppons et un électricien nous prends pour une centaine de kilomètres. Il va en territoire aborigène et nous dépose a un coin d’ombre. Une petite heure d’attente sous une chaleur écrasante, et un pick-up nous prend pour Port Headland. Pas très bavards, mais sympa : il nous font re-remplir nos bidons et nous déposent a un endroit pas trop mal.
Nous essayons de continuer un peu (2h tout de meme), sans succès : Port Headland est une ville minière (premier port de minerais de fer d’Australie), et les centaines de voitures qui passent vont aux mines. Nous plantons la tente a cause des milliers de “midges”. Ce sont des sortent de moustiques qui ne piquent pas mais pissent de l’acide, a ce qu’on nous dit. C’est très désagréable. Mais finalement, vers 20h, alors que nous nous appretons a nous coucher (il fait nuit tôt : on est a l’heure de Perth, 2000km au sud !), quand un 4×4 s’arrete : “je vous ai vu faire du stop” : on croit a un flic, mais c’est juste un gars qui nous emmène pour Karratha et qui nous avait vu deux heures auparavant. Parfait, nous démontons la tente, et chargeons le pick-up pour 200 km de plus. Nous posons la tente près de l’autoroute.
8-9 fevrier – De Karratha a Exmouth
Un mineur, un camion et un road train nous emmènent a Exmouth et ses plages sublimes. Le mineur nous pose a une intersection perdue pour aller dans sa mine, le camion est un sympathique Kiwi qui livre 1 frigo banal sur 630 km (soit quasi 1300km A/R, facture 2000 dollars !). Nous devons quitter la route principale pour aller vers Exmouth. Nous nous réjouissions car nous pensons déguster notre sandwich au thon quotidien, mais nous faisons connaissance avec… les sandflies. Ces petites mouches sont collantes et arrivent par milliers sur le thon et nos sandwishs. Elles viennent dans les yeux, les oreilles, la bouche, partout. Je deviens fou, c’est une vrai torture. On ne peut manger sans risquer d’en avaler, et rien a faire.
Le road-train nous prend pour Exmouth. Coupe mulet et tatouage d’une pinup dénudée sur le bras, il
repete nos questions en rajoutant des “fuck” entre chaque mots. “Alice Spring is little town ? – Fuckin Hell, Fuck Alice Spring is a fuckin little fuckin town”
Nous faisons les 10 derniers kilomètres avec une voiture d’une agence de tourisme, que nous reverrons plusieurs fois a des endroits différents, a chaque fois en les précédant. Je crois qu’ils se demandent toujours comment on fait ! Ils nous font visiter les environs avec les touristes. Deux photos et le camping.
Snorkeling vers Turquoise Bay, ou les requins (inoffensifs) nous approchent, et ou on nage avec de gros poissons. Nous pouvons aller dans ces endroits grâce a un couple d’anglais qui nous font monter dans le van.
10 fevrier – De Exmouth a une jonction
Journée horrible : impossible de sortir d’Exmouth. Matias parvient enfin a arrêter le van d’une anglaise, au bout de 7h30. Record égalé.
A la jonction, de nouveau sur l’autoroute, aucune voiture ne passe en deux ou trois heures, et nous faisons envahir par les mouches. J’en respire même une ! La nuit tombée, nous pouvons enfin manger, et nous dormons a la belle étoile. Les étoiles sont impressionnantes, il n’y a pas de lune. Le moral est bas.
11 fevrier – De la jonction a Monkey Mia
Nous nous levons au lever du jour, comme d’habitude (vers 5h), juste avant les mouches pour petit-dejeuner. La première voiture qui passe s’arrête ! C’est Killy, qui rentre de ces trois semaines de boulot. La musique est super, il est terrrrible ! Nous passons les quelques heures a dire des conneries. Il a un pick-up avec un énorme chien (45kg la bébête) a l’arrière, et son jeu préféré est de dépasser les cyclistes matinaux très lentement. Le chien, très affectueux, en profite alors pour leur faire une grande lechouille sur la figure. Dire Strait, Sultan of swing. Il nous pose a la jonction pour Monkey Mia ou nous pourrons voir des dauphins et des stromatolites.
12 fevrier – Monkey Mia – Kalburri
Deux allemands font de la place pour nous faire monter dans le 4×4. Et ils nous sortirons de Monkey Mia, cette fois ! Coin touristique moyen, mais bon, je suis content de pouvoir voir des dauphins.
Et des stromatolites ! Kesako ? C’est grâce a ces cyanobacteries que nous sommes la, sur terre : Vieilles de 3,5 milliards d’années, elles ont grignote du CO2 et relâche de l’oxygène pendant deux milliards d’années. MILLIARDS, vous vous rendez compte ?! Grace a cette oxygène, d’autres formes de vie ont pu se développer, et l’évolution s’amorcer, pour aboutir finalement au President Bush. Elles se sont fait finalement grignoter par ces autres formes de vie, et ne sont maintenant présentes qu’en de rares endroits dans le monde : ici l’eau est trop salée pour les escargots grignoteurs. Bref, je crois que les stromatos l’emportent sur les dauphins.
Ray, un pêcheur nous a pris et nous propose de nous deposer a Kalburri, ce qui nous éloigne de la route. Mais bon, nous acceptons, et y campons. Joli, mais nous regrettons de ne pas avoir le 4×4 necessaire pour découvrir les gorges environnantes.
Nous rentrons de la ballade après 18h30, les magasins sont fermes, nous n’avons rien a dîner. Mais qui voila ?! Deux retraites suisses en camping car, a qui je lance un “bonjour” et qui me répondent : “Vous préférez de la bière ou du rouge ?”. Ils nous offrent le dîner et le café !
13 fevrier 2011 – Vers Kalburri a Perth
Ray devait revenir sur l’autoroute mais nous fait faux bond (comme prévu). Nous sommes repris par un autre pêcheur, tres interessant. Il s’inquiète de la situation en australie : avec des salaires horaires a 25 dollars pour ramasser des fruits, ca rend un kilos de pomme a 10 dollars. Il ne peut plus vendre sont poisson, sauf au chinois (90% de sa clientèle), et est moins bien paye que ses employés. L’australie occidentale est en plein boom grâce aux mines, mais les petits entrepreneurs qui ne sont pas dans le secteur ne peuvent plus suivre !
Deux lifts plus tard, nous finissons notre traversée en beauté avec Paul, un chauffeur poids-lourds. Autant dire que c’est le cliché de l’Australien “pur souche” (sic!). Il vit bien entendu dans le pays le plus merveilleux du monde – non, il n’est jamais allé a l’étranger -, il dit “fuck off” aux femmes (il ne veux pas d’emmerdes), appelle les aborigènes ”those black fellas” et veut pas se faire envahir par les musulmans. Il situe l’argentine a cote de l’Espagne, mais se rappelle que nous, francais, on mange des grenouilles a la place des steaks. Il est enfin rassure que nous ayons, dans nos petits pays, des MacDonalds, du Coca et du KFC. Dire Straits, Sultan of Swing encore.
Mais c’est un bon gars. On passe par la route longeant la cote pour la vue, et il nous invite chez lui, a dîner (barbecue) et a boire quelques bières. Un autre gars, Tom, est aussi chez lui devant la tele et est une espèce d’ex-hippie, qui parle comme dans un film de Tarantino. On est entre le Big Lebowski et Tarantino. Il a fait du stop pendant sa jeunesse et son père a combattu en France, et a été évacué par la poche de Dunkerque. Paul, pendant ce temps, se donne vraiment du mal, court de partout, nous demande si on reveut de la bière, clape des mains en mettant les frites dans la friteuse, remonte les manches et pose les steaks sur le barbecue. C’est lui le cuistot dans la baraque : Tom les fait toujours brûler…
Nous dormons dans le salon, devant la deuxième télé, et il nous pose dans le centre le lendemain a 7h. Fin de cette belle traversée.
















